Berthe van La Roche, volgens Jérôme Pimpurniaux, 1856

Jérôme Pimpurniaux, geboren in Namen op 1 april 1741 en aldaar overleden op 10 maart 1837, schreef in zijn “Guide du voyageur en Ardenne (en deux parties): ou excursions d’un touriste belge en Belgique” (postuum uitgegeven in 1856) onder andere over de legende van Berthe van La Roche. Hier volgt zijn versie van dit verhaal, dewelke interessanter is dan de huidige versie ervan, die vertelt wordt bij elke opvoering van het spook van La Roche, tijdens de zomervakantie.

Le seigneur de La Roche avait une fille. Berthe était son nom. Blonde aux yeux bleux et tendres, elle captivait par sa douceur et son affabilité les coeurs de tous ceux qui l’approchaient, et sa beauté, célébrée au loin, faisait affluer au manoir paternel la jeune noblesse des environs. Déjà avancé en âge, son père désirait la marier, afin de ne pas la lais ser au monde sans protecteur, si Dieu le rappelait à lui.

Les partis ne manquaient pas, et c’est précisément ce qui rendait le choix difficile; la préférence donnée à l’un des prétendants ne devait-elle pas mécontenter tous les autres? Pour sortir d’embarras, le vieux seigneur employa un moyen adopté par les moeurs féodales : il fit publier un tournoi, et annoncer que la main de sa fille serait la récompense du vainqueur.

Dans tous les manoirs de l’Ardenne où il existait un jeune châtelain désireux d’obtenir une épouse belle, vertueuse et d’illustre extraction, l’espoir de mériter un tel prix excita une vive émulation; il fit même oublier le premier devoir de la chevalerie : respect pour la parole donnée.

Waleran, fils aîne du comte de Montaigu, était, depuis plus d’une année, fiancé à la fille du comte de Salm, et leur union, depuis longtemps décidée entre les deux pères, ne devait pas tarder à recevoir la bénédiction de l’église. Pur malheur, Waleran eut connaissance des conditions du tournoi; il voulut voir Berthe, et l’amour qu’elle lui inspira le rendit infidèle à ses premiers serments. De jour en jour ses visites devinrent plus fréquentes au château de La Roche, plus rares et surtout plus courtes au château de Salm. L’amante négligée ne tarda pas à concevoir des soupçons, et avec une femme de son caractère un éclat était inévitable.

Marie de Salm était tout l’opposé de Berthe. Son teint légèrement bistré, sa noire chevelure, ses grands yeux bruns, d’où jaillissaient des éclairs, indiquaient la vivacité et les passions d’une femme du midi. Elle était aussi belle que sa rivale, mais d’un autre genre de beauté, et dans ses regards il était aisé de lire qu’elle saurait déployer de l’énergie, de la violence même, là où Berthe ne trouverait qu’un motif pour se laisser mourir de chagrin.

Ses soupçons une fois éveillés, elle fit épier Waleran , découvrit ses fréquents voyages à La Roche et en démêla sans peine le motif. Sa douleur son dépit furent extrêmes; elle dissimula cependant, jusqu’au moment où l’infidèle lui fournit luimême la preuve de son ingratitude.

Quoique son affection fut ailleurs, Waleran, dans la crainte de mécontenter son père, continuait à fréquenter le château de Salm. Un jour, en déposant sa toque sur un dressoir, près duquel Marie travaillait, il en laissa par mégarde choir une mèche de cheveux blonds, gage d’amour que Berthe venait de lui abandonner. Avec la rage du tigre qui saisit sa proie, la jeune comtesse se précipita pour ramasser la mèche accusatrice, et, la montrant au traître, elle l’accabla de reproches. Waleran voulut balbutier quelques excuses, mais, pressé de-ques tions et trahi par son embarras, il dut finir par avouer tout. Congédié avec injure, il sortit le coeur ulcéré, et néanmoins satisfait d’être relevé d’un engagement pour lui désormais impossible à tenir.

Cependant le jour du tournoi était arrivé. Les étrangers affluaient dans la petite ville de La Roche, et le château, splendidement décoré, était disposé pour célébrer le mariage de Berthe , aussitôt après la proclamation du vainqueur. La lice, prépurée dans une belle prairie au bord de l’Ourte, s’ouvrit à de nombreux prétendants. Tous cédèrent à la valeur et à la fortune de Waleran de Montaigu. Le tournoi allait être clos, et Berthe, dont les yeux avaient jusque-là exprimé l’anxiété, souriait avec bonheur à l’avenir qu’elle rêvait.

Tout à coup, un nouveau combattant se présente. Il est de petite taille; son coursier, ses vêtements, son armure, jusqu’aux plumes qui flottent au sommet du casque, tout est noir. Waleran, les yeux fixés sur Berthe, attendait avec confiance la décision des juges du camp. Il est obligé de remonter à cheval, et sourit avec dédain à l’aspect de son chétif adversaire.

Mais quel est son étonnement, quel est celui de tous les spectateurs, en voyant ce champion, d’apparence si frêle, supporter le premier choc sans plier sur l’étrier. A la deuxième course, les lances volent en éclats. Les deux combattants s’attaquent de nouveau, et Waleran, frappé en pleine poitrine, va rouler meurtri sur la prairie.

C’en est fait, le vainqueur est proclamé, et ce vainqueur c’est le chevalier à la sombre armure. Berthe, éplorée, se soumet au sort qui l’accable, et le jeune châtelain de Montaigu, la honte au front et le désespoir au coeur, s’empresse de quitter des lieux où son bonheur vient d’abîmer.

Après le mariage, célébré dans la chapelle du château , vient le repas ; au repas succèdent les danses, puis les deux époux sont conduits dans la chambre nuptiale, tandis que la fête continue bruyante et joyeuse.

Au coup de minuit, un cri lamentable, cri de suprême angoisse, se fait entendre. 11 est aussitôt suivi du bruit que fait la chute d’un corps lourd dans la rivière. On court, on s’empresse, et le vieux comte, frappé d’un triste pressentiment , se précipite vers l’appartement où sa fille vient d’être conduite. Il frappe; pas de réponse. On enfonce la porte; la chambre est vide. Mais une fenêtre est ouverte ; le malheureux père y court, et la clarté de la lune lui permet d’apercevoir au loin une forme blanchâtre. C’est le corps de Berthc qui a roulé dans l’Ourte, après avoir rebondi sur les rochers qui supportent le vieux manoir; la poitrine est traversée par un poignard, et la téte s’est brisée contre les pierres.

On ne retrouva aucune trace du chevalier noir, et l’explication de l’horrible drame ne fut obtenue que plus tard. Ce chevalier n’était autre que Marie de Salm elle-même. Furieuse de son abandon, elle avait recouru à Satan, et lui avait vendu son âme pour venger son injure. Grâce aux pratiques du maudit, elle vainquit en champ clos le traître qui l’avait dé laissée , poignarda sa rivait- , la précipita dans l’abîme et s’y précipita après elle ; mais le diable la saisit au passage, et l’entraîna dans le séjour des damnés.

Pour Waleran, après des tragiques événements, il ne voulut plus rester dans le pays, et partit pour la terre sainte; mais il tomba sous les coups des infidèles, avant d’arriver au saint Sépulchre, but de son pèlerinage.

Parfois, quand la nuit est sombre et que l’orage fait rage, on entend un cri lugubre, et l’on voit un spectre faire lentement le tour du château et se précipiter du haut du rempart. C’est Berthe qui revient aux lieux où s’est écoulée sa paisible enfance, et qui ne passe jamais sous la fenêtre de sa chambre, sans gémir au souvenir de l’affreuse nuit.

(Bron: Guide du voyageur en Ardenne op Google Books, pg. 194 – 198)

Historische noot:
Tijdens de Eerste Kruistocht stierf Gozelon de Montaigu (1097). Hij was de zoon van graaf Conon de Montaigu (een commandant van Godfried van Bouillon tijdens deze Kruistocht) en Ida de Lorraine (een vermoedelijke zus van Godfried), die hun kasteel hadden op de Mont Acutus (Mont Aigu, letterlijk “Scherpenheuvel”) recht tegenover het dorp Marcourt, niet ver van La Roche-en-Ardenne…

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